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Mar 19 Sep - 19:24

Akihiro Inuzuka
Thème

[Ce n'est pas un manoir ou une demeure qui fait plusieurs hectares, mais en tous cas c'est une maison de luxe, dans un style architecturale sobre et ancien, mais en matériaux coûteux et appréciés des connaisseurs.

L'intérieur est spacieux, meublée avec du bois venant du plus grand ébéniste de l'Empire, des tableaux des artistes à la mode, et une argenterie d'une qualité qui ne laisse pas les hôtes indifférents. L'ensemble dégage quelque chose de froid, malgré le luxe ambiant, et les cheminées savamment entretenues.

En tout et pour tout, il y a une vingtaine d'employés qui forment le personnel. Des serviteurs aux gardes, en passant par différents emplois plus spécialisés tel que l'entraîneur de boxe privé, ou ceux qui s'occupent des chevaux qui logent dans l'écurie qui s'étale dans la cours extérieure.

Akihiro Inuzuka est un maitre de la finance très connu à Shi, ou tout du moins dans les milieux qui s'en préoccupent. Il investit des fonds dans différents mouvements associatifs depuis qu'il s'est installé à Shi il y a environ dix ans maintenant, en provenance de l'archipel du pays de l'eau. Il propose aussi différents services de stockages ou d'emprunt avec intérêts, qui font de lui l'homme riche et puissant qu'il est aujourd'hui. Mais concrètement, c'est juste un rentier intelligent, voire un banquier sous conditions. Il n'a pas réellement d'emploi 'officiel' et reste la plupart du temps chez lui à gérer ses affaires et à recevoir des invités de marque.]
Juunin
Chef du clan Inuzuka
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Fiche ninja
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Mar 19 Sep - 21:09
Bon sang, je détestais vraiment ce quartier de la capitale. La cité de diamant qu’on l’appelait. Mais moi je lui avais trouvé un surnom plus adapté à la réalité : la cité des tous du cul. Pas parce que tous les gens qui y résidaient étaient des enfoirés, ou avaient un popotin disproportionnés. Mais plutôt parce que toutes les actions et les complots qui se décidaient ici étaient faites pour enculer quelqu’un. Au sens figuré, la plupart du temps, hein. Mais en tous cas, il y avait pas mal de fessiers qui devaient se retrouver rouge à force de se faire martyriser, à cause de ceux qui vivaient ici. Et ce n’était qu’une des nombreuses raisons pour lesquelles je n’aimais pas cet endroit. Il y avait peut-être aussi le simple fait que le luxe me mettait mal à l’aise de façon plus générale. Enfin, il ne fallait pas se mentir : même si je faisais genre que j’étais une sorte de clochard qui allait de toit réel en toit improvisé, j’avais une certaine habitude de la richesse. A mon grand damne, j’avais vécu une partie de mon adolescence dans le coin. Jusqu’à ce que je fugue. Puis que je revienne. Avant de fuguer de nouveau. Puis revenir. Et enfin me tirer à l’académie. De longues péripéties, qu’on pouvait résumait par un simple état de fait : j’avais vécu ici.
Et justement, j’étais assis sur une clôture, à observer la fameuse maison dans laquelle j’avais habité.

Celle de mon paternel. Ca n’avait pas changé d’un pouce depuis la dernière fois. De là où j’étais, je sentais l’indifférence qui émanait de cet endroit. Combien de personnes j’avais vu se trainer à l’extérieur, devant la porte, et se faire refouler à coups de pied par les gardes jusque sur le trottoir ? Pas tant que ça en fait, mais ces images m’avaient marqués et m’avaient pas mal aidés à comprendre quel genre de personnage était mon père. Cette froide indifférence de la façade, c’était le reflet de ce qu’était cet endroit. L’extérieur était de marbre, et n’en avait rien à faire du monde extérieur et de ceux qui pleuraient devant lui. Et l’intérieur était d’un luxe qui attirait les yeux, mais faisaient fuir les cœurs. Un endroit de transactions et de matériel, où chacun était jugé à son potentiel en termes de finances, mais aussi de capacités ou de réussite sociale. Rien d’humain là-dedans. Ni rien d’animal d’ailleurs. C’était un monde de logique froide et calculatrice, voué à l’expansion du patrimoine social et matériel de mon père, de son business, et de ce qu’il disait à Shi no kuni en un sens. Pas de doute quant au fait que la ville devait en profiter. Mais bon, quant à savoir si les habitants eux en profitaient … Je soupirais. J’étais venu pour ça, en partie. Tout ce que je savais de mon père m’avait autrefois dégoûté parce que je jugeais les gens au bien qu’ils pouvaient faire sur leur entourage. Je ne lui avais pas laissé sa chance. Ce que j’étais venu faire, c’était essayer de comprendre. J’avais réalisé avec ce qu’il s’était passé avec l’Aile du phénix, que tout pouvait se finir très vite, et que j’avais peut-être mal estimé certaines choses.
Et notamment, mon père, même si c’était dur à dire. Je ne pourrais jamais aimer cet homme. Mais j’aurais aimé pouvoir essayer de le comprendre, avant de me lancer dans une guerre qui me coûtera ou la vie, ou une partie de mon humanité. On ne sait jamais, je préfère mettre ma vie au clair avant de m’aventurer là-dedans.
Pas que je pense avoir fait une erreur. Plutôt que je pense être prêt, désormais, à pouvoir en pardonner certaines que mon père avait commises.

Bon, il va falloir que je me décide. Je ne vais pas éternellement regarder la maison et le portail d’ici. Il va bien falloir que je me décide à rentrer. En plus les passants me regardent de travers. J’ai aperçu une vieille dame, aussi, dans la maison d’à côté, qui regarde souvent par sa fenêtre. Alors, oui, j’ai ma tenue de Juunin sur moi. Mais bon, elle est bien capable d’appeler la police quand même parce que je lui semble suspect. Ou qu’elle voudrait savoir pourquoi un ninja est stationné devant chez elle. Comment, je ne suis pas devant chez elle ? Je suis juste à côté. Vous connaissez le nombrilisme des bourgeois à moitié gâteux. Non ? Bah moi si. Et j’ai pas envie de me faire remarquer avant même d’être rentré dans la maison paternelle. A tous les coups, si ça arrive, il va me prendre la tête et je vais pas pouvoir rester sans avoir envie de lui en coller une. Ce que je préfèrerai éviter, même si ça me ferait le plus grand bien.

J’attrape la clé dans le fond de ma poche. Ca doit faire trois ans qu’elle trainait dans le fond de mon sac, mais je l’ai retrouvée sans trop de difficulté. Une vieille clé en fer. Un fer d’un tellement bon artisanat que, même en ayant faire une collocation avec un reste de sandwich pendant plusieurs mois, et dialogué avec un morceau de salami qui avait dépassé de loin la date de péremption, elle était encore immaculée. Toute grise, toute belle. Bon, peut-être un peu huileuse mais à peine. Ca pouvait passer pour du lustre plutôt que pour de la graisse. Je tente de la passer dans la serrure. Ca passe super. Je ne m’y attendais pas, en fait. Je m’étais déjà préparé à sauter par-dessus la grille. Quand j’étais gamin, à chaque fois que j’étais rentré, j’avais dû escalader. Là, non. En trois ans, il n’avait pas du tout modifié la serrure. C’était bien la première fois, autrefois il ne lui fallait pas plus d’un mois pour le faire.
Tout en refusant d’admettre que c’était une sorte d’invitation à mon retour, et mettant ça sur le compte du fait qu’il se ramollissait et que c’était un vieux con de cinquantenaire à moitié sénile, je passais dans le jardin, refermant l’épais portillon en fer sur mon passage.

Cette partie de la demeure aussi avait peu changée. De la verdure. Au moins, il avait épargné aux yeux délicats les florescences multicolores de ces voisins. C’était plutôt agréable, comme endroit. En fait c’était probablement l’endroit que je préférais dans toute cette demeure. Un peu de verdure, et un vieux banc en bois. Remis à neuf plusieurs fois. Mon père appelait ça une pièce d’art, en fait. C’était un ébéniste de renom qui l’avait sculpté, dans un bois très rare, ou quelque chose comme ça. Une vraie petite pièce de collection, qu’il faisait entretenir. Mais pour moi, c’était plutôt un condensé de souvenirs. Grand-Mère Orochi m’amenait souvent là quand on avait débarqués de la côte. Pour me raconter des histoires, et prendre un peu l’air. Comme je n’allais pas à l’école, c’était elle qui m’avait instruit avant que je ne décide de m’enfuir à Taki pour intégrer l’académie. Ici, la plupart du temps. Avant qu’elle ne devienne un problème pour papa, et qu’il ne la fiche à la porte. Soit disant qu’elle l’avait volé. Maintenant je me disais qu’il ne racontait peut-être pas des cracks. Mais bon, entre son argent et la seule personne un tant soit peu chaleureuse qui se trouvait dans cet endroit, mon choix était vite fait. Je m’en fichais un peu de ce qu’elle avait fait : j’avais toujours son renvoi en travers de la gorge.
Je tapote la tête de Tenshi.


« Tu vas devoir m’attendre ici mon vieux. Ils ne te laisseront pas rentrer avant que tu ais pris un bain. Quelqu’un va sans doute venir s’occuper de toi, tu me rejoindras après. »

Le terre-neuve se contenta de me lécher affectueusement la main, avant de partir vadrouiller dans les environs histoire de prendre ses marques, et sans doute de marquer ce nouveau territoire qui lui tendait les bras. La gorge un peu nouée, et désormais tout seul, je me dirigeais vers la maison. Les autres chiens ? Je les avais laissés dans les locaux de l’association. Ils étaient plus adaptés pour s’occuper d’eux que les serviteurs de mon père qui seraient rapidement dépassés. C’est que ma meute était composée d’individualités très fortes et très affirmées. Ce n’était pas simple de savoir les prendre sans un minimum d’expérience. Tenshi, lui, était un ange. En plus, il aimait bien se faire bichonner donc il ne se ferait pas prier quand ils viendraient s’occuper de le laver.

La porte d’entrée était ouverte, comme d’habitude. En même temps, il y avait deux gardes juste derrière et la porte qui donnaient sur le jardin entre l’extérieur et l’intérieur. C’était largement suffisant pour dissuader un intrus de s’aventurer sans complexe jusqu’ici.

L’un des deux hommes esquissa un mouvement dans ma direction. Un petit jeune, qui devait s’être fait engagé récemment. L’autre, plus expérimenté, le retint par le bras en faisant un signe de tête négatif. Il sonna simplement une cloche sur sa gauche tout en inclinant sa tête pour ce qui devait être un bonjour, ou un bienvenue chez vous monsieur. Je détestais toutes ces manières protocolaires, aussi je ne fis même pas semblant de répondre ou de m’intéresser à eux. C’était peut-être un peu snob en apparence. Mais en réalité, celui que je cherchais à snober par cette attitude rebelle, ce n’était clairement pas cet homme. J’attendis quelques minutes, tout en retirant mes sandales, ma veste, et mon armure, que je posais sur le porte-manteau. L’effet de la cloche se fit à peine attendre en fait : le vieux majordome arriva, marchant rapidement, tellement rapidement qu’on aurait cru qu’il trottinait. Mais non, il avait simplement l’habitude de marcher vite tout en gardant le standing qui le caractérisait. A cause de bandes dessinées offertes par Orochi, j’avais pris l’habitude de l’appeler Alfred. Mais son nom réel, c’était Hoharo. Il s’inclina une fois arrivé devant moi.


« Jeune maître, c’est un plaisir de vous revoir. »

« C’est sympa de voir que tu es encore fidèle au poste, Alfred. Même sacrément sympa. J’avais peur que mon père n’ait … Enfin, je suis content de te revoir, moi aussi. »

« J’ai déjà ordonné qu’on prépare votre chambre. Vous désirez que je vous fasse préparer quelque chose à manger ou que je vous amène quelque chose à boire ? »

« Non merci ça ira. Hum … En fait si, j’aimerais boire un verre bien frais. Ca me détendra. J’aimerais que vous buviez avec moi, si ce n’est pas trop vous demander ? »

« Je serais ravi et honoré de vous tenir compagnie. »

« Parfait alors. Ce que vous voudrez alors ! Du moment qu’il y a un peu d’alcool. Pas trop quand même. Ah, et j’ai laissé Tenshi à l’extérieur pour éviter qu’il ne salisse tout, mais si c’est possible que quelqu’un s’en occupe ? Je n’aime pas trop qu’on soit séparés longtemps. »

« Je fais ça au plus vite. Et je vous rejoins dans le salon dès que tout est prêt. »

Je hochais la tête en guise de remerciement, tandis que Hoharo partait s’acquitter de ses tâches. J’étais curieusement encore à l’aise dans cette position de presque maitre de maison, même après tout ce temps. En fait, j’étais même plus à l’aise qu’à l’époque. Après tout ce que je venais de vivre, m’insurger de ce genre de comportements, finalement, me paraissait presque secondaire. Futile, aussi. C’était ça, en quelque sorte, mon regard neuf sur le monde : de nouvelles priorités.
Une jeune femme, en tenue de servante, vint ramasser mes affaires pour les porter jusqu’à ma chambre, sans doute. Je l’arrêtais en posant ma main sur son épaule. Elle sursauta. C’était sûr qu’elle ne devait pas être habituée à tant de familiarités de la part de mon père.


« Attendez. Ce serait possible que vous emmeniez mon équipement aussi ? »

« O-Oui, bien sûr. »

« Ce que je veux dire, c’est qu’avec les armures, ce ne sera pas trop lourd ? »

Je déballais mon matériel (… oui j’y ai pensé aussi), tout en parlant. Cestes, plusieurs kunaïs, des fumigènes, du matériel médical, et du matériel pour poser des pièges, et tout un tas de quincaillerie que je cachais un peu partout sur moi.

« Je … Je pense que ça ne posera pas de problèmes. » Dit-elle en chancelant à cause de tout ce que je venais de poser par-dessus les vêtements. Surtout le matériel pour confectionner des pièges et le médical, qui devaient peser un âne mort une fois entièrement réuni.

« Ne dis pas de bêtises. Je vais en prendre la moitié. Tu en profiteras pour me montrer la chambre ! »

« Très bien, suivez-moi, jeune maître. »

Une jeune servante super mignonne qui m’appelait maître. Je pourrais presque prendre goût à ça, en fait, même si c’était un peu pervers. Ca avait ses bons côtés, un père plein aux as. Je me dégoutais un peu à penser ça, mais que voulez-vous. Quand j’étais petit, je n’avais pas autant d’hormones et d’autres priorités comme on dit.
Je suivis la jeune femme à travers les couloirs et les escaliers. Elle pressait le pas, apparemment plutôt intimidé. Il faut dire que vu le nombre d’armes que je trimballais avec moi, ça devait avoir un côté intimidant. En pensant ça, je ne pus pas m’empêcher de me justifier, même si ça avait l’air un peu bête et évident.


« Je suis ninja. »

« Oui, j’ai vu votre bandeau. Juunin. Votre père parlait de votre promotion à ses associés hier. Toutes mes félicitations. »

« Il en parlait hein … »

« Il leur parle souvent de vous. En tous cas, quand je sers les repas j’entends souvent parler de vous. »

« Pas qu’en bien j’imagine. »

« Si, toujours en bien. Il leur dit qu’il est fier de ce que vous avez accompli. Et qu’il ne vous a pas aidé, que vous vous êtes débrouillé tout seul pour obtenir vos galons. Je ne crois pas qu’ils le croient tous, mais en tous cas c’est ce qu’il dit. »

J’en restais estomaqué. Je ne voyais pas bien pourquoi elle m’aurait menti donc ça devait être vrai. Mais je ne pus m’empêcher de me donner de la contenance et de réfuter tout ça du mieux que je pouvais.

« Ahaha, ça pour ne pas m’avoir aidé … Il a même plutôt cherché à me dissuader. Tu n’es pas là depuis très longtemps, pas vrai ? »

« Presque six mois, jeune maître. »

Six mois ? Bordel, ça faisait trop longtemps que je n’avais pas mis les pieds ici.

« Et tu t’occupes déjà du service pendant les repas d’affaire. Eh ben, tu dois faire du bon boulot. »

« Merci. »

A la réflexion, c’était peut-être juste parce qu’elle était jolie. Si elle n’était pas maladroite, et qu’elle ne faisait pas de bourde, elle devait l’aider à sa manière en servant ses associés qui dépassaient tous les quarante ans. Mettez une jeune et fraiche créature à portée de regard de vieux pervers, et ils perdent leurs moyens. La bonne tactique pour que le seul qui garde son sang-froid remporte les débats, du coup. Enfin, connaissant mon père elle devait être bien traitée et personne n’oserait l’effleurer sous son toit. Donc bon, pas besoin d’être trop compatissant pour son sort. Il avait toujours été étonnement juste avec ses employés. Contrairement à son attitude envers moi, en fait. Je soupirais, pas le moment de recasser tout ça. En plus on arrivait à la chambre. C’était mon ancienne chambre. Finalement j’aurais pu trouver le chemin tout seul si j’avais su. La jeune femme ouvrit la porte, s’écartant pour me laisser passer, puis entra après moi. C’était bien différent de la chambre d’enfant que j’avais eu. Toujours aussi neutre, et froid, évidemment. Mais il avait mis plus de soins à la remettre un peu à neuf, cette fois. Ca faisait une différence, en soi. Et surtout, il n’y avait aucune décoration. Donc il me laissait de la liberté. Et ça, vraiment, c’était une première. La jeune femme me demanda où elle devait poser mes effets. Je lui indiquais le lit, d’un doigt distrait, et posant moi-même mon barda dessus. Vu le vacarme de cliquetis métalliques que firent les deux paquetages, je grimaçais. J’avais vraiment une quincaillerie pas possible planqué sur moi la plupart du temps. En fait, je me sentais même incroyablement léger à l’heure actuelle.

« Jeune maitre, si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas à m’appeler. »

« La cloche ? »

« Vous pouvez. Sinon je suis dans la chambre d’à-côté. Votre père a indiqué à Hoharo que si vous rentriez, je serais votre servante attitrée. Donc n’hésitez surtout pas, je suis là pour vous servir. Dès que vous êtes ici, j’abandonne le reste de mes tâches. »

« Il savait que j’allais revenir … le salop. Eh ben écoutes, tu peux prendre une pause alors. Je te dirais si j’ai besoin de quoi que ce soit. Profites-en pour te reposer un peu, avant le repas de ce soir je n’aurais sans doute besoin de rien. »

Elle hocha simplement la tête.

« Ah, et comment tu t’appelles ? »

« Hako. »

« C’est un joli nom. Très végétal. J’ai une amie à qui il plairait beaucoup … Ah une dernière chose : quand mon père n’est pas dans les parages, appelles-moi juste Rem, d’accord ? J’ai toujours eu du mal avec le coup du ‘jeune maitre’. C’est … Bizarre. Surtout venant de quelqu’un qui a le même âge que moi. Si tu persistes à m’appeler comme ça, ça va finir par me faire me sentir mal à l’aise. »

« Très bien. Rem, alors. Autre chose ? »

Je fis un signe de tête négatif, et elle s’en alla, me laissant simplement tout seul. Bon, je n’allais pas rester ici éternellement. En plus Alfred devait déjà m’attendre, c’était pas très cool de le laisser en plan. J’inspectais rapidement les armoires. Que des fringues haut de gamme … Pas mon truc du tout. Je refermais le meuble, et attrapais mon sac pour en sortir une de mes tenues à moi. Propre, et tout, mais plus confortable. Et je dégringolais les escaliers pour aller retrouver le majordome. Il était en train de verser de l’eau dans des tasses. Du thé ? C’était pas de l’alcool, ça. Je m’asseyais dans le sofa, tout en soupirant d’aise. Bon sang, je rejetais pas mal de choses dans la vie de luxe, mais ces canapés c’était juste trop bon.
Alfred prit place en face de moi, sans se faire prier au moins. Il se souvenait bien que je n’aimais pas trop ça. C’était sympa en tous cas. Poli et d’agréable conversation, cet homme avait toujours été d’une patience infinie avec le petit rebelle que j’étais pendant mon adolescence. Je l’aimais beaucoup, c’était quelqu’un de bien. En fait, c’était bien ça qui sauvait mon père quelque part : il avait beau être un type froid et austère, il savait s’entourer du personnel le plus qualifié et le plus sympathique que je connaisse. Tous de bonnes personnes. Bon à part les gardes, peut-être, mais bon ce n’était pas ce qu’on leur demandait après tout.


« Votre chambre vous convient jeune maître ? »

« Pas exactement, mais elle est mieux que dans mon souvenir ça c’est sûr. »

« C’est très bien. Tenez. »

J’attrapais la tasse, regardant avec curiosité le liquide ambré, et chaud, qui y faisait trempette. Il y avait une sorte de truc visqueux à la surface … Du miel ? Ca expliquerait la couleur et l’odeur sucrée. Et je sentais bien une touche d’alcool, même si ce n’était pas très fort. Voyant mon regard interrogatif, le majordome sourit et expliqua :

« C’est une recette héritée de ma défunte mère. Je ne sais pas si ça vous plaira, mais maintenant que vous avez l’âge pour la goûter je serais content de vous la faire partager. C’est un mélange d’herbes maison, pour faire un thé, auquel on ajoute un soupçon de miel mais aussi de whisky. Comme je ne savais pas trop quoi vous servir, je me suis dit que peut-être … »

« Mais carrément. C’est parfait, Alfred, et puis ça sent très bon. »

« Venant d’un héritier du clan Inuzuka, je ne peux rêver meilleur compliment. »

« Ahaha, oui j’imagine. C’est vrai que mon odorat s’est pas mal développé ces derniers temps … »

« J’ai entendu beaucoup de bonnes choses sur la personne que vous étiez devenu, jeune maitre, sachez que je suis très fier de vous. Je n’aurais jamais imaginé que le petit garçon turbulent que j’ai connu pouvait devenir un ninja aussi fort et aussi respecté. »

« Respecté … ? Tu exagères, là. Je suis presque un inconnu. »

« Si c’est ce que vous pensez, vous vous sous-estimez. La nouvelle de la création de l’association Inuzuka a fait beaucoup de bruit dans toutes les couches de la société. Et elle est très populaire. Vous êtes un peu le protecteur des animaux pour les habitants de l’Empire. Mais j’ai aussi lu dans le journal que vous avez sauvé beaucoup de personnes. A l’académie, ou à l’arène. Vous devriez avoir la tête haute à l’idée de ce que vous avez pu accomplir, alors que vous êtes si jeune. Je pense que vous avez un avenir brillant, et honorable, qui vous attend. »

« C’est un point de vue. Moi tout ce dont je me souviens, c’est qu’à chacun de ces événements, il y a eu beaucoup de morts. Et qu’aujourd’hui, je ne suis plus capable de … Enfin, j’ai besoin de me ressourcer. A l’heure actuelle, même si ce que vous dites est vrai, je suis un très mauvais ninja. C’est passager. Enfin j’espère. »

« Vous voudriez m’en dire d’avantage ? »

« Me confier, tu veux dire ? »

« Oui, quelque chose comme ça. »

« Héhé, non, merci c’est gentil. Disons juste que le séjour en prison m’a permis de réaliser certaines choses et que je me cherche encore moi-même. Et que cette recherche m’empêche de me donner à fond dans cette guerre, ou dans la protection d’autrui. »

« On passe tous par cette étape, chacun à sa façon. Il y a beaucoup de chemins qui se dressent devant vous, et chacun d’eux est semé d’embûches. Ne précipitez pas les choses parce que le monde semble s’effondrer. Il est plus solide que tout le monde le pense, n’en déplaise à ces terroristes. Prenez le temps de vous affirmer et de vous rechercher. Vous n’en serez que plus efficace le moment venu. »

Je fis un pouce en l’air à Alfred. Vraiment, il avait le don de trouver les mots justes. Et dans sa bouche, tout avait l’air plus simple. C’est vrai : je me précipitais. Prendre le temps de reprendre mon calme, et le contrôle, c’était la meilleure chose à faire. Après tout, pour chaque problème intérieur qui me secouait, j’avais au moins une solution provisoire pour le moment. Tout n’était pas si terrible que ça en avait l’air.

« Tu as raison. Attends, une minute … Tu sais pour mon séjour en prison ? »

« Bien sûr. L’affaire a été étouffée, si j’en crois ce que votre père m’a dit. Par l’espionnage, c’était une couverture c’est bien ça ? En tous cas, oui, c’est arrivé jusqu’ici. Mais de ce que j’en sais, l’histoire officielle concerne exclusivement le passage à tabac que vous avez fait subir à cet homme à Hoto. »

« Oui … J’ai commis une erreur en agissant sous le coup de l’impulsivité. C’était stupide, bestial, et ça n’a rien arrangé. »

« Je suis soulagé de vous l’entendre dire. Mais dans votre malheur, sachez que ça n’a pas rien changé toutefois. Cette histoire, la presse s’en est emparée à l’ouverture de votre association. Et l’opinion publique vous donne raison, même si personne ne le dit. Elle n’a fait que renforcer votre popularité. Par contre, si vous me permettez, ce serait une bonne idée de faire un communiqué affirmant que vous regrettez. Parce que si certains vous prennent en exemple, ça pourrait amener un drame un jour ou l’autre. »

« Je n’avais pas vu les choses sous cet angle. Vous êtes vraiment le conseiller le plus avisé que je connaisse. Je m’en occuperais dès que j’aurais parlé à papa. Il est où, d’ailleurs ? »

« En voyage d’affaires, il ne rentre que demain après-midi. Votre thé vous plait ? »

« Hein ? Oh, oui, je n’ai jamais goûté un thé aussi bon. Ta mère devait être quelqu’un de formidable, quand je vois ce qu’elle t'a laissé ! »

« Ahaha, en fait ma mère était alcoolique et elle rajoutait du whisky dans tous ses plats et toutes ses boissons, malheureusement. Ce n’est pas aussi glorieux que ça en a l’air : elle a découvert cette petite préparation totalement par hasard. Mais oui, je dois bien avouer qu’en un sens, c’était un coup de génie, même si c’était involontaire. »

« Héhé. Désolé si j’ai touché un point sensible … »

« Pas du tout, aucune inquiétude à avoir. »

« D’accord. Tant mieux dans ce cas. Bon, je vais aller faire un peu d’exercice. Mon père a toujours ses installations au sous-sol ? Avec les sacs de frappe et tout ? »

« Oui, bien entendu. Mais elles sont fermées à clé. Il n’y a que deux clés : celle de votre père, et la vôtre. »

« La mienne ? »

« Si je ne me trompe pas, c’est Hako qui doit l’avoir. Ou elle l’aura posée sur votre table de nuit, peut-être. »

« Très bien. Je te remercie d’être resté le même. »

J’eus le droit à un sourire comme toute réponse. Je pressais amicalement l’épaule du vieil homme, avant de monter acrobatiquement les escaliers de quelques bonds. Oui, tout ce luxe commençait à me monter à la tête, j’avais définitivement besoin d’un peu d’exercice. En plus, comme l’avait dit le majordome, je devais prendre le temps de travailler sur moi pour contrôler ce problème de rage aveugle. J’avais le temps de voir venir.
Tout en bondissant, j’aperçus Tenshi en contrebas qui se pavanait dans les couloirs comme au bon vieux temps.
C’était un peu dur à dire pour moi, mais j’avais presque envie d’avouer que j’étais peut-être rentré à la maison, finalement.
Juunin
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Jeu 21 Sep - 15:12
Quand on pratique le kempo des grands singes, et je suppose que c’est le cas de beaucoup d’arts martiaux, apprendre à frapper n’est clairement pas la priorité. Il faut d’abord apprendre à discipliner son corps et son esprit. Le sang-froid, c’est un peu le maitre mot d’un maitre du kempo chez les grands singes. Ensuite, il faut apprendre à méditer. A connecter son esprit à ce qui nous entoure. Puis à le relier par une multitude de nerfs invisibles afin de pleinement l’apprivoiser. C’était un petit peu zen comme pensée, mais en réalité elle était aussi purement pratique. Les grands singes qui m’avaient enseignés ces méditations pouvaient puiser le chakra naturel parce que leur connexion avec elle était encore plus forte que la mienne. Mais moi j’en avais retiré autre chose : une prise de conscience plus basique de mon environnement. Savoir où sont les objets, où sont les êtres vivants, les éléments du décor. Avec une prise de conscience globale plus importante, on peut utiliser son environnement, ou simplement évoluer dedans avec encore plus d’aisance. C’est vrai que cette méthode marche de façon optimale en forêt. Mais pourtant, je l’ai toujours trouvée très utile dans les autres environnements, quels qu’ils soient. En quelque sorte, j’avais une vision moins ciblées, donc moins approfondie, dans mon rapport à la nature. En revanche, elle était plus élargie, pour me permettre de m’adapter à plus de décors. C’était un choix. Soumei m’avait un jour dit qu’elle le trouvait judicieux, même si elle-même ne se plierait jamais à ce genre de choix. Mais la mère des orangs-outans ne jurait que par le rapport à la nature, donc ce n’était pas si surprenant de sa part. Ce n’était pas vraiment un rejet du monde civilisé. Plutôt une prise de distance réfléchie.

Quand même, en y repensant bien, j’avais pas mal galéré avec cette partie-là de l’entrainement. Fermer les yeux et m’abandonner complètement au monde qui m’entoure, ce n’était pas mon premier réflexe pour bastonner. A l’époque, fermer les yeux en plein entrainement me paraissait même littéralement mortel. Forcément, avec Ikusa comme senseï … C’était juste absurde pour moi. Mais après l’avoir accepté, j’avais acquis beaucoup de sérénité, et de contrôle. Ca avait été une étape importante. Je n’utilisais plus ma vitesse au hasard, ni mes poings pour bloquer ou frapper au pif. Cette prise de conscience avait aussi amené une prise de conscience du reste de mon corps, alors que jusqu’ici je n’utilisais que les poings ou les pieds, plus ou moins. Coudes, genoux, tête, articulations diverses, les doigts et les orteils. Chaque muscle, chaque os. Tout ce qui pouvait participer à la communion martiale du corps.
Les doigts et les orteils, parlons-en. Qu’est-ce que ça avait été galère, ça, aussi. La base des techniques du kempo des grands singes repose sur eux. Il faut les rendre aussi solide que de l’acier, sinon le répertoire de techniques est inaccessible. Je me suis brisé les os et fracassé les muscles à de multiples reprises pendant cet entrainement. Surtout au début. Le nombre de fois où je m’étais retrouvé avec les mains explosées de partout … Enfin, les grands singes avaient de très bons guérisseurs, et j’étais gavé de plantes à moitié hallucinogènes censées augmenter ma capacité sensorielle, pour établir le contact avec la nature, donc je ne sentais pas tout.
Mais ça c’était terminé. Mes doigts avaient cessés de se briser, et pouvaient perforer l’écorce des arbres. Je pouvais marcher sur des makibishis avec les orteils, et c’étaient eux qui se brisaient. Et j’arrivais à communier avec mon environnement et mon propre corps, afin d’évoluer avec aisance vis-à-vis de moi-même, mais aussi de ce qui m’entourait.
Cette époque, c’est celle de ma métamorphose de bagarreur de rue à celle d’artiste martial.

Et depuis, j’avais entrainé de nombreux orang-outans très jeunes, pour qu’ils suivent la même voie que moi. Ca avait été une sensation très particulière de me retrouver dans la position du maitre, mais elle m’avait beaucoup plut. Soumei me l’avait expliquée : c’était une étape importante pour passer de martialiste chevronné, à maitre. En enseignant, on apprend ce qui nous manque en tant que simple adepte. Et effectivement, plus j’enseignais, mieux je comprenais ce qu’on m’avait enseigné et plus j’apprenais de nouveaux aspects de ce taijutsu, mais aussi de moi-même. C’était tout cela que les grands singes m’avaient apportés.

Tout ça pour dire qu’aujourd’hui, je méditais tranquillement au centre du ring, dans les installations d’entrainement souterraines de mon père. Une grande salle, remplie d’équipements censés améliorer le rendement des entrainements. Moi qui avait l’habitude de m’entrainer dans les arbres et les lianes, autant dire que je trouvais ça un peu superflu. Mais après tout, pourquoi pas. La science moderne valait peut-être plus que je ne le pensais ? Enfin, ce n’était qu’une expérience comme une autre, je ne pouvais pas la rejeter avant de l’avoir essayée.
Enfin, pour l’heure je préférais quand même m’entrainer à l’ancienne.

Bon fini la méditation. Je me relevais. C’était un peu anecdotique en temps normal, mais le fait de ne porter ni armure ni équipements me faisait me sentir incroyablement léger. Je me sentais plus vif et plus fort que jamais. C’était peut-être aussi dû à la vraie nuit de repos que j’avais passée.
Tout en descendant du ring pour aller me placer devant un sac de frappe, je croisais le regard de Hako. La jeune servante m’avait amené jusqu’ici et m’avait ouvert la porte. Elle tenait à faire son travail et à rester dans les parages en permanence, même quand je lui disais qu’elle pouvait prendre du repos. Et puis bon, j’aurais bien tort de refuser la compagnie d’une jolie jeune femme comme elle. En fait, vu qu’elle se trouvait ici, assise sur une chaise contre le mur à m’observer … Bon elle avait l’air un peu ailleurs, mais son regard suivait quand même mes mouvements. Je ne pouvais pas m’empêcher de me dire que j’avais envie de lui en mettre plein la vue avec mes supers techniques en arts martiaux.
Et puis c’était l’occasion de voir qui des doigts du titan, la technique de frappe apprise chez les grands singes, ou d’un sac de frappe du dernier modèle, était le plus costaud. Il était bien rembourré et entouré d’un cuir épais, à tous les coups c’était du résistant. La preuve : les gants de boxe attachés au mur étaient très épais. Normal, pour taper là-dessus sans s’exploser les phalanges il devait au moins falloir ça. Enfin, c’était mal connaitre le kempo des grands singes !

Je refermais mes poings, ne gardant que mes index déployés. Ceci fait j’adoptais ce que le kung-fu appelait la ‘posture de la mante religieuse’. Sur un seul pied, en équilibre, les bras levés formant de grands angles avec les coudes et le genou de la jambe qui en touchait pas le sol replié pour que le plat du pied repose au niveau du genou de la jambe qui servait d’appui. Cette posture un peu décriée parce qu’elle était un peu ridicule, permettait, en abattant ses bras à une vitesse phénoménale, de favoriser la concentration de l’énergie de tout le corps en un seul point. Idéale, donc, pour le doigt du titan, qui envoyait toute la concentration et l’énergie dans l’index.
D’un mouvement plein de panache, je frappais alors. Le doigt pénétra dans le sac de frappe comme si c’était du beurre. Sauf que c’était du cuir. Je sentis l’attaque passer au travers, et l’énergie déployée ouvrir le sac de frappe de l’autre côté. Un coup d’œil vers Hako me permit de voir son expression stupéfaite. Ravi de mon petit effet, je multipliais ces attaques, et le sable commença à s’écouler à de multiples endroits par les trous que mes index formaient dans le cuir. Quand soudain … le sac céda. Et m’explosa littéralement à la figure.
C’était de très grands sacs de sable. Donc forcément, quand on se prend tout ce sable sur la tronche … Je me retrouvais au sol, enseveli sous un petit monticule de sable.
Un peu sonné, j’entendis quand même un bruit de chaise précipitamment envoyée valdinguer, et des bruits de course. Hako finit par dégager ma tête de tout ce bordel.

J’avais bien l’air fin, tiens. J’avais du sable dans les yeux, et dans la bouche. Et plein les cheveux aussi. Ah et dans les vêtements. Bref, j’avais du sable partout. Bon sang, quel con. Forcément, cette technique permettait de transpercer l’écorce des arbres de Sahigumo ! Les fameux arbres métalliques, dont l’écorce est dure comme la pierre. Donc forcément, du cuir ça ne pouvait pas tenir le choc d’aussi nombreuses attaques.
Bon ce n’était pas la démonstration que je voulais mais Hako semblait réellement inquiète. Pas le moment de pleurer à cause du sable dans les yeux, même si ça me gênait. Il fallait se montrer brave et fort pour avoir l’air cool. Je me dégageais en soulevant des litres de sable à la seule force de mes bras de guerrier chevronné. Puis, après avoir craché un peu de sable je concluais sur cette mésaventure en tâchant d’y mettre le plus de conviction possible :


« C’est de la bouse ces sacs de frappe. Je pensais qu’ils étaient plus résistants … »

« Vous m’avez fait peur. »

« Ahaha, il faudra t’y habituer, ça m’arrive tout le temps ce genre de choses ! »

Elle ne répondit pas, étonnamment mécontente. Pendant que je n’avais pas du tout vu et que j’étais persuadé qu’elle me kiffait après avoir montré une telle force, je dépoussiérais un peu mes vêtements, enlevant même mon haut pour me débarrasser des kilos de sable qui l’encombraient. J’entendis une exclamation surprise. J’étais persuadé que c’étaient mes muscles qui parlaient en mon nom … Mais en fait pas du tout. Déception.

« C’est … comment vous vous êtes fait une cicatrice pareille ? »

Je tordais le coup pour regarder la cicatrice dont elle parlait. Celle dans le dos, qui courait de l’omoplate jusqu’au bas du dos. Ah oui évidemment, celle-là je m’en souvenais bien. C’était la seule que la médecine n’avait jamais réussi à faire partir. Un coup de sabre féroce, administré par mon cher senseï afin que je n’oublie jamais l’importance d’avoir une garde. Et pour me prouver que je n’étais pas aussi solide que lui. Et donc que j’avais besoin de savoir défendre tout en attaquant sinon je me ferais ‘saigner comme un goret’. Sa façon à lui de dire qu’il préférerait que je ne meurs pas comme un con. Quelque part, ça me rendait important à ses yeux. Parce que si je mourrais, c’était qu’il n’avait pas été un bon enseignant. Et mes aventures lui donnaient raison : je serais mort des dizaines de fois sans ses avertissements éclairés. Et brutaux.

« Pendant un entrainement. J’ai eu un senseï un peu … brutal. Il m’a fait ça avec un sabre. »

« Brutal … ? Comment il a pu infliger une telle blessure à son propre élève ? »

« Ahaha … Ikusa-senseï a toujours été comme ça. Son principe c’était que si je survivais à ses entrainements, alors je survivrais au monde réel. »

« Le monde réel … »

« Tu as l’air sceptique. »

« Non, pas du tout. »

« Tu sais que tu peux dire ce que tu penses avec moi. Je ne suis pas mon père. »

« Même si vous dites cela, je ne peux pas dire ce que je pense, ce n’est pas mon travail. Vous l’avez dit vous-même : devant votre père, je ne dois pas vous appeler par votre nom. »

« C’est pour ça que tu fais la gueule depuis ce matin ? »

Elle s’empourpra mais ne répondit pas, se contentant de rester comme elle pouvait de marbre, mais je voyais bien qu’elle était gênée.

« Evidemment que je ne veux pas que tu m’appelles par mon nom devant mon père : peu importe que ce soit moi qui te l’ai dit, si tu le fais, il te renverra. Et je ne veux pas que tu sois renvoyée, c’est tout. Tu fais du bon travail, tu es jolie, et tu as l’air d’être quelqu’un de sympathique. Je m’en voudrais s’il renvoyait quelqu’un d’autre à cause de moi, c’est tout. »

Elle passa du rouge à la surprise. Je ne me rendais parfois même pas compte de ce que je disais, aussi je n’avais pas du tout tenté de la séduire pour le coup. Je réservais ça à mon torse nu et sculpté, même si ça n’avait pas grand effet sur elle, j’en étais quand même persuadé.

« … Pourquoi vous être entrainé dans de telles conditions ? Je ne comprends pas les ninjas. Ils disent qu’ils nous protègent, mais je trouve leur mode de vie tellement … Enfin, vous baignez dans la violence. Est-ce que tout ceci est vraiment nécessaire ? »

J’étais étonné. Sans doute parce que comme elle disait, je baignais dans la violence. Au point de ne pas m’en rendre compte, et qu’elle avait imprégné mon mode de vie sans que je ne m’en aperçoive. Je pouvais dire ce que je souhaitais de mon père, mais il n’avait jamais permis que quiconque, lui y compris, lève la main sur moi. Et s’il faisait parfois des choses douteuses voire horrible, jamais il n’avait utilisé la violence comme un moyen. Il usait de moyens légaux. Enfin, les ninjas aussi quelque part puisque nous servir de nos poings, c’était légal justement. Mais bon, ce que j’avais fait à Hoto sortait de la légalité. La preuve, j’avais fini en prison. Elle avait peut-être raison sur la forme, ça avait l’air de ne pas être nécessaire. La violence avait pris possession de moi et c’est quand l’assassin avait sauté sur Sham que je l’avais réalisé. Quand je l’avais roué de coups au point de le tuer, j’avais réalisé à quel point une partie de moi était en miettes, à cause de ce mode de vie.
Quand bien même, c’était la seule voie qui s’offrait à moi. Je pouvais prendre des tours et des détours mais on en revenant au même : sans la force des ninjas, qui protègerait l’Empire de ses ennemis ? Et comment j’aurais pu survivre sans ma force à moi ? Mon chemin, je l’avais forgé moi-même, et pour avancer j’avais dû rentrer dans le lard de types qui n’auraient pas hésité à me trancher en deux. J’étais peut-être violent, sans doute beaucoup trop, mais je n’avais pas le luxe de pouvoir regretter. Seulement celui d’apporter quelques modifications à ce style de vie. J’y travaillais déjà d’ailleurs.


« Je pense que c’est nécessaire, oui. On aimerait tous que ce ne soit pas le cas, évidemment, mais le monde réel n’est pas une utopie. Il y a des gens prêts à vous tuer, ou à tuer ceux qui vous sont chers. Si je n’avais pas baigné dans la violence, alors Tenshi serait mort. Moi aussi, sans doute. Et d’innombrables personnes que j’ai croisées le seraient aussi. La force n’est pas la solution universelle, j’en conviens et j’essaie d’ailleurs de travailler là-dessus pour apprendre de nouvelles approches. Mais malgré tout je ne renie pas l’enseignement d’Ikusa-senseï. C’est un gros con, évidemment. Mais sans lui, je serais mort. Et tout ce à quoi je tiens aurait pu être anéanti. »

« Alors c’est pour ça que vous avez enduré tout ça … »

« Oui, c’est pour ça. Ma place en ce monde, c’est celle d’un combattant. Je sais faire d’autres choses, mais dans le fond c’est ce que je suis. Même si je joue les vétérinaires à temps partiel, ou que je défends les droits des animaux … Au final ce sont des passe-temps pour alléger ma conscience. »

« Vétérinaire ? »

« Héhé, oui … Comme je m’occupe de Tenshi tout seul, et que j’avais pas de thunes, j’ai dû apprendre en autodidacte. Du coup j’exerce un petit peu, même si j’ai pas de licence, pour aider quand je peux le faire. J’ai un cabinet à Taki. »

« Je vois … Et tu n’aimerais pas ça ? Je veux dire, être juste vétérinaire et mener une vie tranquille ? Avoir une femme, des enfants ? Et abandonner tout cet univers de violence dans lequel tu es ? »

« Je sais pas. Oui ça pourrait être pas mal. Enfin faut déjà trouver une femme pour ça ! Ahaha ! A part si tu veux m’épouser, évidemment ? »

« … Pardon ? »

« Euh … C’est pas ce que je voulais dire … Je veux pas du tout en fait, pas que tu sois pas très jolie ou mon style, mais en fait … »

« Ne vous fatiguez pas, jeune maitre. Je vais me rasseoir. Bonne chance pour votre ‘entrainement’. »

Elle avait l’air en colère. Et rouge comme une pivoine. J’avais peut-être fait une boulette. Encore. Mais bon, je n’avais pas vraiment réfléchit sur le coup. C’était plutôt une sorte de piquer, une petite blague pour détendre l’atmosphère. A croire que je m’étais lamentablement raté. Décidément, les filles et moi c’était une histoire sans lendemain … J’avais une sorte de don pour être maladroit quand je leur parlais. Mais était-ce de ma faute si elles manquaient toutes de sens de l’humour, bon sang ? Bon, si je tentais de me rattraper tout de suite, j’allais sans doute faire une nouvelle connerie. Il valait mieux que je laisse tranquillement tout ça se dissiper. Le malaise, et la gaffe, elle finirait bien par les oublier et me parler de nouveau.
Bon sang, juste quand je commençais à parler normalement à une fille de mon âge. En plus ça risquait d’être compliqué pour les prochains jours si ma propre servante me faisait la gueule. Aïe … enfin, ça n’était sans doute pas si grave que ça.
Comme elle l’avait suggéré, c’était sans doute une bonne idée de simplement reprendre l’entrainement pour le moment.

Le problème c’était que pour la suite, il me fallait un partenaire d’entrainement. Or, Tenshi était en vadrouille dans la maison, je ne savais même pas où. Invoquer Soumei en ville, elle ne me le pardonnerait jamais. Elle n’aimait pas du tout les milieux urbains et me le reprocherait sans doute pendant des années : ça perturbait son équilibre en chakra naturel ou quelque chose dans ce genre-là. Mieux valait qu’elle reste à Sahigumo.
Le problème, c’est que je n’avais pas tant de combattants sous la main qui pouvaient potentiellement faire l’affaire.
Il y avait bien Kenkawouru … mais bon, son côté un peu bagarreur allait transformer l’entrainement en véritable baston. Il ne lâcherait pas le morceau avant d’être KO. Ou de m’en avoir mis une belle en pleine figure. L’une et l’autre possibilité ne me plaisaient pas des masses. En même temps je n’avais pas vraiment d’autre choix. C’était le seul, à part Soumei et Tenshi, dans mes compagnons et invocations en tous cas, qui pouvait convenir et tenir le rythme. Même si Kenka était du genre brut de décoffrage, il avait quand même toute la technique du kempo des grands singes. Il alternait simplement entre un style plus direct et moins subtil, et celui-là. C’était une variation qui pouvait donner d’excellents résultats même si tout le monde chez les grands signes ne la voyait pas d’un bon œil. Surtout sa mère, Soumei, qui lui avait même interdit d’utiliser sa technique fétiche, le poing de la nature, dans l’enceinte de Sahigumo.
Mais est-ce que je pouvais l’invoquer, en fait ? Avec les événements récents à Sahigumo, il était chargé de la protection de la frontière de la jungle. Celle au contact de la famille des jaguars et de leur pays, la savane haute. Si je le faisais venir, j’enlevais à Sahigumo la majeure partie de sa protection frontalière et je les exposais.
Donc non, pas moyen de l’invoquer. J’allais simplement devoir m’entrainer tout seul.

Je me mettais à nouveau face à un sac de frappe, intact cette fois. Et j’enfilais des gants avec des renforts métalliques pour protéger les parties sensibles de ma main : les phalanges, qui elles n’étaient pas aussi solides que le reste. Enfin, pas besoin d’épais gants de boxe non plus. Des gants fins, légèrement protégés, suffiraient amplement, je restais un ninja merde.
Je donnais quelques coups dans le sac. Je n’étais plus très habitué à frapper comme ça, à poings fermés. J’avais le souvenir détestable de cette sensation que j’avais ressenti la dernière fois que je m’étais permis de frapper comme ça.
J’entendis la porte s’ouvrir, dix minutes après, mais je continuais quelques enchainements avant de me retourner.

Un homme était entré. Il se dirigea vers moi, contournant tout le ring comme dans un film au ralenti. Akihiro Inuzuka. On m’avait souvent dit qu’on se ressemblait. Le menton en V. Les yeux en amande. Surtout ces fichus yeux en amande. Et on avait même pas la même couleur en plus. Pareil pour les cheveux, les gens les trouvaient ressemblants alors que là encore la couleur changeait. On avait quasiment la même taille aussi. Il avait une musculature très fine, la mienne était un peu plus affirmée quand même. Et ses lunettes. Son peignage bien ciselé. Il m’agaçait rien qu’à le regarder en fait.
Il s’arrêta près du sac explosé sur le sol, et du tas de sable.


« Eh bien. Les rumeurs étaient fondées, tu as gagné en punch. »

Je me tendis. C’était un reproche ça ? Il sembla noter ma hausse de tension, puisqu’il balaya sa propre phrase d’un revers de main.

« Aucune importance, je demanderais à quelqu’un de nettoyer ça. »

« Je suis rentré il y a à peine dix minutes, et on m’a dit que tu étais revenu toi aussi. Ce fut une agréable surprise. J’attends ce moment depuis très longtemps, Rem. Et j’ai quelque chose à te montrer. Tu viendrais me voir dans le salon après avoir pris ta douche ? »

Je hochais la tête, à défaut de savoir quoi répondre. Son air était toujours aussi sévère, mais son attitude envers moi était un peu différente. Pas de beaucoup, mais quelque chose avait changé. Ou alors pas du tout, et c’était moi qui percevait tout ça différemment ? Oui, c’était plus proche de quelque chose comme ça.
Tandis qu’il sortait, je retirais les gants et les accrochais au mur à côté des gants de frappe de mon père.
Cette fois je passais devant Hako sans même la regarder. Mais je sentais bien son regard fâché quelque part derrière moi. Et j’entendis le bruit de la clé, aussi. Elle nous suivait. Je perdis bien vite le fil et la conscience de sa présence, tandis que je partais me préparer pour avoir une discussion avec mon père. J’avais justement quelque chose à lui demander. Et ca faisait tellement longtemps qu’on avait pas parlé et que je lui faisais la gueule …
C’était bien possible que j’ai un peu le trac en fait. Il ne m’avait jamais fait peur. Mais la peur d’être déçue, elle, était terrible.
Juunin
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